Classe de 4ème : EDVIGE au coeur du débat
En rapport avec l’éducation civique et la maîtrise de l’information, les élèves de quatrième ont débattu autour du décret annonçant la création du fichier de données à caractère personnel EDVIGE.
Ce travail mené avec le professeur d’histoire-géographie-éducation civique intègre deux objectifs.
- En éducation civique, "l’élève doit exercer son jugement critique en confrontant des situations concrètes aux textes de loi". Ce débat aura ainsi permis d’aborder avec les élèves les "droits individuels et collectifs", "les libertés politiques et syndicales et le respect de la vie privée", "le respect de l’intérêt général", le rôle de la justice, la présomption d’innocence, le droit des mineurs et "la responsabilité civile et pénale du collégien", "le double rôle de la justice des mineurs", le rôle de la loi pour assurer la sécurité des personnes et de biens, et le fait qu’une "force publique organisée par l’Etat assure le respect des règles collectives et lutte contre les infractions" [1]. Pour étayer leur réflexion, les élèves ont utilisé la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la Convention internationale des droits de l’enfant, la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen et, bien sûr, un extrait du décret sur le fichier EDVIGE et du décret de 1978 relatif à la CNIL.
- En information-documentation, l’intérêt pour les élèves est ici d’exploiter une recherche d’information non pas, comme c’est souvent les cas en collège, pour une production purement scolaire, mais essentiellement pour développer leur esprit critique, pour rationaliser leurs arguments et aller au-delà d’une impression purement subjective. Il s’agit aussi de leur montrer à travers un texte de loi nouvellement paru qui fait l’objet de vives discussions que l’évolution de notre société est permanente et que la maîtrise de la "compétence à s’approprier des objets informationnels, au sens de compétence technique mais également cognitive, au sens de capacité à atteindre et utiliser l’information en vue d’une activité sociale ainsi que la capacité à transformer cette information en décision" est un atout majeur pour en faire des citoyens actifs en démocratie [2]. Toujours dans cet ordre d’idée, Anne Lehmans précise : "Il est donc important que les institutions, en premier lieu l’école, fassent de l’apprentissage au maniement de l’information une compétence transversale majeure pour le fonctionnement de la démocratie". Et : "L’information doit produire du sens, un sens pratique, dans sa "mise en forme" du monde. Ce savoir permettra à l’individu de participer à la vie sociale et politique de la communauté."
Le déroulement du travail. La séquence a débuté à partir d’extraits du décret sur la création du fichier EDVIGE ainsi que d’un extrait du décret de 1978 relatif à la CNIL. Après un travail de réflexion sur ces textes pour que les élèves en comprennent bien la teneur, les élèves se sont vu attribuer d’office une position, pour ou contre, qu’ils ont eu à défendre au cours du débat. Ils se sont alors livré, pendant quatre heure, à une recherche et une analyse de l’information disponible sur le sujet. Si le ressenti de chacun était un élément qu’ils pouvaient prendre en compte dans la mesure où celui-ci concordait avec la position qu’ils avaient à défendre, un travail de réflexion était néanmoins exigé pour étayer la réflexion par des arguments rationnels. De la même manière, les opinions exprimées dans des forums internet pouvaient servir de point de départ pour leur analyse. La consultation de sources plus neutres était bien entendu indispensable ainsi que le recours à des textes de référence comme la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la Convention internationale des droits de l’enfant ou la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. Les informations sur le fonctionnement de la justice, de la police devaient également être prises en compte. Nous les avons également amenés à s’interroger sur la valeur intrinsèque des arguments personnels qu’ils ont pu glaner ça et là (forums, listes de discussion...), leur montrant ainsi que par eux mêmes ils sont capables d’analyser les propos d’autrui et d’en déceler les failles ou la valeur, ce qui suppose parfois d’avoir une vue globale du sujet et des connaissances précises dans certains domaines. Pour que la réflexion soit complète et prenne en compte tous les aspects de la question, chaque élève devait trouver sept arguments "pour" et sept arguments "contre", indépendamment de la position qu’il avait à défendre.
Le jour du débat , la classe a été scindée en deux groupe, chaque groupe étant constitué de 12 élèves, 6 pour et 6 contre.
L’évaluation de ce travail s’est faite en deux temps.
- Une première évaluation pendant les heures de recherche d’informations pour prendre en compte le sérieux du travail, l’attention aux suggestions des enseignants pour étayer les arguments, la qualité des arguments avancés, le respect des consignes ( 7 arguments pour, 7 arguments contre).
- La seconde évaluation, moins évidente (!), s’est faite pendant le débat et a porté sur le nombre d’interventions, la pertinence des interventions, la réactivité pendant le débat, l’appropriation des arguments, la cohérence du discours en relation avec la position à défendre, l’écoute de l’autre, le respect de l’autre.
Bilan . A l’issue du débat, il est apparu clairement qu’un tel sujet ne peut se satisfaire d’une position tranchée pour ou contre tant les enjeux de société sont multiples et variés, les arguments des uns et des autres pouvant être mis en balance sans qu’ils soit nécessairement possible de décider qui l’emporte. L’objectif du débat, clairement explicité aux élèves dès le début du travail, ne se situait d’ailleurs pas dans la capacité à convaincre l’autre de changer d’opinion, mais dans la capacité à étayer sa réflexion et à exposer ses arguments de façon cohérente dans le respect de l’opinion d’autrui. Ce débat a également montré la nécessité de connaître le fonctionnement des institutions pour avoir un avis éclairé. Il a enfin permis de mettre les élèves en situation de recherche d’information avec comme objectif de construire une pensée cohérente face à une question d’actualité et de société.
[1] En ligne, le programme d’histoire-géographie-éducation civique paru au Bulletin officiel spécial n° 6 du 28 août 2008.
[2] Anne Lehmans. Information literacy : un lien entre information, éducation et démocratie. In Esquisse n° 0043-0044-0045, juillet-août-septembre 2005. Revue en ligne.
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